18/11/2005

Retrouver le sens de l'effort collectif

"Le but de la société est le bonheur commun"

( déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 24 juin 1793 ).

On parle souvent de perte de sens à notre époque. En fin de compte, ce qui se dégage du type de société dans laquelle nous vivons, c'est la perte du goût de l'effort collectif. Effort vers quoi ?

L'agitation, l'hyperactivité ne procurent en général que peu de satisfactions profondes, hormis la poursuite de satisfactions individuelles liées à l'argent et au statut social pour les uns. Pour le plus grand nombre c'est la nécessité de la survie dans un environnement complexe, et tout décrochage se traduit par une marginalisation voire une exclusion. Des farces comme "hibernatus" traduisent de manière comique l'impossibilité qu'il y aurait à survivre dans l'environnement technologique après un sommeil de quelques décennies. De manière encore plus brutale, dans Good Bye, Lenin, la chute du mur de Berlin se déroule alors qu'une Allemande de l'ex RDA se trouve dans le coma. Son entourage doit alors lui cacher la vérité à son réveil pour lui permettre de retrouver son équilibre.

Dépossédé des fruits de son travail, et du sens même de celui-ci, l'individu connaît la désagréable expérience de l'aliénation.

La référence morale s'est également estompée alors que le fondement de l'éthique, c'est tout simplement le souci d'autrui pour lui-même . La vie sociale devient une juxtaposition d'intérêts particuliers, singulièrement égocentrés, c'est à dire fondés sur le désir, la colère ou la peur. Les tensions entre ces égoïsmes seront portées au maximum que l'on puisse supporter sans encourir le risque d'une dégérescence en conflit ouvert avec un tiers ou avec les autorités. Le comble de la civilité sera de ne se gêner le moins possible.

Mais l'individu est fait pour la vie sociale. L'individualisme et le souci de tous doivent s'équilibrer. Une juste vision de soi ne pourrait s'accomoder d'une appropriation individualiste des visées de la société, de la vie en collectivité. D'une privatisation des intérêts. D'une exploitation systématique de tout ce qui n'est pas "moi", choses, nature, personnes. Seule la notion d'intérêt général peut redonner un sens au travail en tant que contribution à l'effort collectif. De l'impôt comme "contribution" ainsi que le définit l'article 20 de la déclaration des droits de l'homme :

"nulle contribution ne peut être établie que pour l'unité générale". La résolution des problèmes sociaux, ethniques et écologiques est à ce prix.

17:05 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (0) |  Facebook |