21/09/2005

Le mythe de la croissance


Depuis des décennies les dirigeants politiques usent et abusent du mythe de la croissance. On peut même dire que c'est à peu près tout ce qui reste du mythe ( terme qui n'a rien de péjoratif ) du progrès illimité. On bâtit donc des politiques basées sur la certitude qu'un taux de croissance trop faible se traduit mathématiquement par une crise du système.
Ce mépris de l'aspect qualitatif de la vie humaine au profit des seuls indicateurs quantitatifs est déjà à lui seul le signe d'une aliénation. Je désignerai donc par aliénation la situation d'asservissement de l'individu aux conditions de travail et de survie dans le système économique basé sur la croissance. Il est important de signaler que contrairement à ce que semble indiquer l'analyse marxiste, cette aliénation est le fait de tous les individus, et pas seulement d'une classe laborieuse clairement identifiable, même s'il y a divers degrés d'aliénation. De façon concrète, si chacun peut identifier les signes de sa propre aliénation, c'est pour en situer les causes uniquement à l' " extérieur " de  soi . Ce en quoi il me semble que l'on passe à côté d'une partie du problème.

Mais si l'aliénation est tellement négative, pourquoi est-elle supportée ?
En fait pour qu'elle soit supportable justement, il faut que le système retourne à l'individu un signal positif ( feed-back ). Cette boucle de rétroaction pousse l'individu à renforcer le processus, d'où l'emballement du système et son inflation permanente, renforcée par ailleurs par une habile et scientifique stimulation des désirs. Remettre en cause son aliénation, c'est remettre en cause la gratification positive que l'on reçoit de notre participation au système, au processus de consommation. C'est alors prendre le risque de se confronter à la solitude, à l'inconfort de ne plus se sentir conforté par le sentiment collectif. En bref c'est devoir affronter l'angoisse ( voir le post " la shopping thérapie " ).

Nous vivons donc dans un monde de loisirs, de distractions. Au passage, lorsque de sympathiques personnes me parlent de lieux ( à vivre, ou pour des vacances ) sans " distractions ", je leur demande parfois de quoi a-t-on vraiment besoin de se distraire ? Réponse : de l'ennui. Sans le vacarme permanent de millions de postes de télévision, de musiques omniprésentes, d'images et de sons combinés et combinables à l'infini qui rendent fous les adolescents, l'expérience de la vie se réduit bien souvent à l'ennui. Et la peur de cet ennui, c'est précisément le sentiment d'angoisse.

18:14 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

La décroissance! Assez bon résumé de la situation je toruve.

"Remettre en cause son aliénation, c'est remettre en cause la gratification positive que l'on reçoit de notre participation au système, au processus de consommation. C'est alors prendre le risque de se confronter à la solitude, à l'inconfort de ne plus se sentir conforté par le sentiment collectif."
>On est bien plus nombreux qu'on pourrait le croire à remettre en cause cette aliénation, il y d'ailleurs actuellement un important (et hétéroclite) mouvement pour la décroissance :D

Écrit par : tchou-tchou | 24/09/2005

décroissance Merci pour le lien. On entend en effet de plus en plus parler du mouvement pour la décroissance. Espérons qu'il ne connaîtra pas de récupération politicienne...

Écrit par : zenblog | 25/09/2005

justement, ça fait débat entre ceux qui veulent présenter un candidat pour la décroissance aux présidentielles de 2007, et ceux qui ne veulent pas faire de la décroissance un mouvement "politique" dans ce sens-là.

Écrit par : tchou-tchou | 25/09/2005

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