19/09/2005

La "shopping thérapie"

Il y a peu, ma compagne me déclara que la mode pouvait être une thérapie existentielle, et qu'à ce titre elle en vaut bien d'autres. Autrement dit ce qui est vu comme de la superficialité par un témoin extérieur peut très bien être vécu avec une certaine lucidité par le sujet " fashion victim ". Un peu comme le " fou qui sait qu'il est fou ", dont le maître zen Deshimaru disait " qu'en fin de compte il n'est pas si fou que cela ".

Tout être humain, même lorsqu'il semble ne pas s'en préoccuper, est angoissé par les questions du vieillissement, de la perte de l'éclat juvénile, de la maladie, de la mort, en un mot de la souffrance. Alors le matérialisme contemporain ( du moins en Occident ) entretient l'illusion, la sensation de reculer les échéances. C'est autant de gagné sur l'angoisse, et c'est un des moteurs de la suractivité. La consommation de biens sensés éloigner de nous la déchéance et le malheur joue le même rôle que le soma du Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley.

 Ces réflexions me sont revenues à l'esprit alors que je lisais un article dans le train :

" Dans une société perçue comme stressante, de plus en plus de femmes, surtout, s'évadent de leur quotidien en pratiquant la " shopping thérapie " sans être riches pour autant. Elles craquent pour des produits cosmétiques ou de mode qui leur permettent de se sentir plus belles, mieux dans leur peau. Leurs coups de cœur à répétition agissent comme un soin à leur mal-être. Et s'offrir un produit à bas prix signé d'un créateur permet à cette bouffée de bonheur d'être plus intense encore. " ( Rémy Oudghiry, directeur du département tendances et prospective, IPSOS )

Le marketing a compris le message.

22:44 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (10) |  Facebook |

Commentaires

+++ C'est marrant, j'en suis récemment arrivée à la conclusion que le fou ne sait pas qu'il est fou, justement. Il croit savoir, de même que nous croyons savoir ce qui nous passe par la tête, alors que nous l'ignorons complètement.

Écrit par : izno | 20/09/2005

A cause de la personnalité prennent naissance les six domaines de la connaissance, c'est-à-dire la vision, l’audition, l’odorat, le goût, le contact et l’organe mental, qui sont la porte d’entrée de la douleur, parce qu’il jouent dans sa production le rôle de cause génératrice.

" Ayant vu les visibles par l’organe visuel, entendu ..., on adhère à ceux qui tiennent lieu de satisfaction. L’adhésion fait accomplir l’acte né de la concupiscence, de l’aversion et de l’erreur "

Écrit par : Le Dragon | 20/09/2005

Le fou Izno,

C'est pour cela que le fou qui sait qu'il est fou est déjà sauvé. Idem pour le salut dans un sens plus spirituel. Pour le zen, le véritable éveil n'abolit pas d'emblée le processus des illusions. Mais il est risqué d'en parler comme cela...

Écrit par : zenblog | 21/09/2005

surtout lorsque l'on passe à travers les murs...

Écrit par : | 22/09/2005

... à réserver pour passer du lit à la salle de bain. A l'extérieur s'abstenir...

Écrit par : zenblog | 23/09/2005

... " le véritable éveil n'abolit pas d'emblée le processus des illusions. Mais il est risqué d'en parler comme cela..."
Ce serait formidable si tu pouvais développer, j’en arrive aussi à la même conclusion...

Écrit par : un passant | 24/09/2005

satori C'est difficile à expliciter. Pour reprendre l'allusion au "fou", bien sûr que par définition celui qui est fou ne peut pas savoir qu'il l'est. Le maître zen Deshimaru disait donc que le fou qui se sait fou n'est en fait pas si fou. Cela décrit bien la légèreté de l'homme du zen, qui "ni ne cherche le nirvana, ni ne fuit les illusions". En dire plus c'est comme prononcer le nom du Bouddha à tort et à travers, il faut s'en purifier la bouche avec de l'eau 7 fois, selon l'expression consacrée par la tradition.
Disons également que dans le zen l'éveil n'est pas le fruit d'une stabilisation méditative, contrairement à la perspective des tantras par exemple. Je reparlerai de cela dans un prochain post.

Écrit par : zenblog | 24/09/2005

shopping Gautama dit que l'origine de nos souffrances, c'est d'être dans l'ignorance.
L'ignorance de quoi ?
L'ignorance de ne pas connaître la réalité de notre souffrance, son origine et sa cessation.
On est bien avancé !
Ya de quoi devenir fou !
Ou de quoi s'imaginer qu'on a cessé d'être ignorant parce qu'on sait qu'on est ignorant.

Le shopping, une thérapie existentielle ???
Plutôt une opération de rafistolage pour requinquer un égo qui s'effiloche sous les coups de boutoir de l'impermanence. :)

Écrit par : dauphin | 24/09/2005

????? Bonsoir Dauphin,

L'ignorance de ne pas connaître la réalité de notre souffrance, son origine et sa cessation. On est bien avancé ! Ya de quoi devenir fou !

-------- Je croyais que tu faisais satipatthana et vipassana?----------

Écrit par : un passant | 24/09/2005

un monde fou "Bonsoir Dauphin, Je croyais que tu faisais satipatthana et vipassana"(un passant)
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Tout à fait.
Mais n'oublions pas que la coproduction conditionnée est un système intermédiaire proposé par Gautama et mis à la disposition de ceux qui ont encore besoin de se raccrocher à "quelque chose", un cycle, une logique.

En définitive, il n'y a pas de coproduction conditionnée, mais seulement anatta. :) C'est donc une folie que d'adhérer à la cc !
Nous devons pratiquer satipatthana pour découvrir notre folie.

Écrit par : dauphin | 25/09/2005

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