31/08/2005

Quelques réflexions sur "la méditation"

Il ne se passe pas une saison sans qu'un magazine ne vante les mérites de la méditation. Dans le monde du zen, par exemple, certains nous expliquent que par transcription, le terme japonais zen dérive du chinois chan, lui-même trancription du sanscrit dhyana. Et dhyana, c'est méditation. Le zen est donc la pratique de la méditation.

Hélas, lorsqu'un sympathique collègue m'a un jour fièrement déclaré : "moi, je milite pour la méditation !", je n'avais guère d'autre choix que de lui demander quelques précisions. Qu'est donc la méditation ?

Pour le commun des mortels, méditer est une forme orientée de réflexion, et on pourra réprimander un enfant en lui demandant de méditer sur sa "faute". Le chrétien y verra un exercice spirituel particulier faisant appel à l'imagination et à l'affect ( voir les 4 degrés de l'Echelle divine des chartreux du moyen-Age, lectio-meditatio-oratio-contemplatio ). Dans le bouddhisme ancien on s'attachera au calme mental ou à la vision pénétrante, et le tantrisme tibétain offre une variété extraordinaire de pratiques dites méditatives. Certains qualifient le taiji quan de méditation, ce qui en élargit le sens aux arts martiaux internes.

On traduit donc le japonais zazen par méditation assise. Pourquoi pas ? Dans le Zen coréen ( Sön ) on ne va pas parler de zazen, et il serait maladroit d'importer un nouveau terme exotique. Mais il convient de répéter que le terme zen est un mot-symbole en quelque sorte, et qu'il faut renoncer à le traduire. Aussi dans le Fukanzazengi, maître Dogen ( 1200-1253 ) dit explicitement "zazen n'est pas le dhyana". Ratant la portée véritable de cette assertion, il y a même quelqu'un qui a traduit par " la méditation n'est pas le dhyana" ...



15:33 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (6) |  Facebook |

29/08/2005

Etre noyé dans ses pensées

Dernièrement j’ai entendu une personne dire qu’elle n’était jamais aussi naturelle que quand elle est « noyée dans ses pensées ». En fait, c’est le moment où la personne ne fait plus de calculs, ne fait plus d’efforts pour ajuster son image. C’est l’état naturel des tous jeunes enfants, et c’est ce qui fait leur spontanéité, on en profite pour faire de jolies photos …

Le problème, c’est que « se perdre dans ses pensées », c’est une forme d’aliénation de soi, de la conscience. Une des principales difficultés que doit donc affronter un « méditant », c’est de sortir de cet état naïf. Alors il développe tout un système de croyances, tente par l’effort de faire taire ses pensées, d’atteindre un état de non-pensée, de silence pur, un nirvana antinomique avec le monde de ses pensées. Et c’est là que l’on peut devenir inauthentique, peu spontané, susceptible contre tout ce qui peut menacer cette pureté construite, cette chimère. Le méditant appelle cela « spiritualité ».

Certains appellent le but poursuivi « présence » ou « état naturel », mais en fait il ne peut faire l’objet d’aucune saisie, et ne peut être atteint. En fait l’illumination se traduit par une sortie de ce mauvais rêve, l’Homme simple du zen retrouve la fraîcheur et la spontanéité de l’enfant, mais à un autre niveau, il est sorti de l’état naïf.

 

19:34 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (8) |  Facebook |

28/08/2005

Voie de lumière

"J'ai dit que si l'on ôtait la pesanteur du monde, on ôterait en même temps la lumière"
 
( Père Louis-Bertrand CASTEL, 1723 )

09:40 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (3) |  Facebook |

27/08/2005

Pluie qui tombe

"Nos actes, nos sentiments, nos pensées, nos sensations se réalisent d'eux-mêmes, tout comme la pluie tombe, tout comme l'eau s'écoule dans la vallée. Je ne suis ni un témoin passif et impuissant qui se laisse submerger par eux, ni un auteur actif et pensant qui les provoque et les contrôle"
 
( Alan Watts, Mémoires, 1972 )


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26/08/2005

Zen et dzogchen

Ayant eu l'occasion de dialoguer quelque peu avec une pratiquante du Dzogchen sur ce qui sépare ou rapproche le Zen et le Dzogchen, la voie particulière du bouddhisme tibétain, je tiens à apporter brièvement les précisions suivantes.

La présentation de la nature de l'esprit, de rigpa, se fait de façon ternaire. Son essence est vide, sa nature luminosité, rayonnement, et il se manifeste de façon formelle. Correspondance avec les 3 corps des bouddhas ( kayas ) :

dharmakaya, la réalité vide, spatiale

sambhogakaya, le dynamisme, la propension à se manifester

nirmanakaya, la manifestation formelle.

Dans les mystérieuses et secrètes visions de thögal, il semblerait que le pratiquant cherche à se situer au niveau du sambhogakaya. Son effort va se porter sur une énergie qui n'est pas encore solidifiée, en bref qui n'est pas encore pensée, émotion, désir, ...

Il faut situer ici la différence fondamentale avec le Zen, lequel se situe dans la perspective de la philosophie de la prajnaparamita. Ne sont donc envisagées que la double nature de la réalité, à savoir essence et forme, ou vacuité/phénomènes, c'est-à-dire respectivement dimension dharmakaya et nirmanakaya, pour en souligner l'absence de dualité. Comme il est dit dans le sutra du coeur, les formes ne sont pas différentes de la vacuité, la vacuité n'est pas différente de la forme. L'aspect samboghakaya ne fait donc pas ici l'objet d'une discrimination particulière.


10:06 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (6) |  Facebook |

24/08/2005

La véritable histoire des "moines" shaolin

Depuis quelques années, une troupe de moines Shaolin se produit lors de tournées en Europe, et un DVD est vendu sous le nom "Les mystérieux pouvoirs des moines Shaolin".
Shaolin est le nom d'in ensemble de monastères bouddhistes connus pour avoir été le berceau du kung-fu. Le principal aurait été fondé en 495 de notre ère. Mais il tire sa célébrité de la légende du premier patriarche du Chan ( Zen en japonais ) qui s'y serait rendu vers 525, après 9 ans de méditation assise face à un mur. Il aurait "inventé" les techniques martiales connues aujourd'hui sous le nom de kung-fu. Quel rapport avec le Shaolin actuel ?
Hélas aucun, si ce n'est le lieu. En 1972 Richard Nixon en visite officielle en Chine demanda à visiter le lieu. Consternation des officiels Chinois, qui durent ouvrir la route au bulldozer. Puis le temple en ruine fut restauré et inauguré en 1981. Aujourd'hui il accueille 2 millions de touristes par an ( à comparer aux 350 000 d'une abbaye romane comme celle de Sénanque en Provence ) .
 Je me souviens avoir vu il y a quelques années dans un reportage sur le cable ces "moines" en méditation, on voit au premier coup d'oeil qu'on est à Disneyland version arts martiaux ! Mais la Chine moderne a trouvé là une manne .

09:15 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (5) |  Facebook |

23/08/2005

La faim dans le monde

La planète peut-elle nourrir 6 milliards d'êtres humains ?
Petit calcul : la production mondiale de céréales est de 1900 millions de tonnes/an. 50 % sont destinés à l'alimentation humaine, 30 % sont perdus, 20 % destinés aux semences. Restent donc quelques 532 tonnes pour l'alimentation, ce qui fait arithmétiquement quelques 90 kilos par tête. A condition de supposer que l'on revienne à un régime à base de céréales, que l'on produise plus de lait de soja ... De plus les superficies cultivées pourraient être doublées sans toucher aux forêts et aux espaces protégés .
 
En fait les 700 ou 800 millions d'êtres humains qui ne mangent pas à leur faim souffrent essentiellement de l'isolement, d'un enclavement qui les tient à l'écart de tout système d'échange dans des régions désolées, au climat peu propice à la fertilité.
 
 

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22/08/2005

Manga français

Regardant les programmes jeunesse de France 3 avec mon fils ( 4 ans ) j'a découvert un manga 100 % Français, Code Lyoko. On y retrouve l'univers animiste-magique propre aux Japonais mais transposé dans un univers high tech, le tout dans une lutte entre le bien et le mal et en France.
Lorsque l'on sait que l'univers manga s'inspire de la vision que les japonais se font des Français et des jeunes Françaises en particulier ( vision nécessairement déformée et fantasmatique ), on se dit que l'influence réciproque fait partie de l'évolution globale du monde.


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21/08/2005

La religion et Benoît XVI

Faisant référence à l'engouement pour les sectes comme le New Age, ainsi que pour les religions orientales et certains nouveaux mouvements religieux apparus dans le protestantisme et le catholicisme,

«Mais la religion recherchée comme une sorte de bricolage, en fin de compte ne nous aide pas», a estimé le chef spirituel de l'Eglise catholique. Samedi soir, dans son homélie, le pape avait fait allusion au même thème, en soulignant qu'on ne doit pas se fabriquer «un Dieu privé, un Jésus privé».  ( Le Figaro, 21 août 2005 )

Si on ne peut que tomber d'accord sur le manque de sérieux des religions à la carte ( un saupoudrage de bouddhisme sur un fond culturel et rituel chrétien, un peu de soufisme et quelques mantras ... ), on espère que le nouveau pape ne vise pas là toute démarche spirituelle sérieuse.

Faudra-t-il rappeler les efforts des prêtres et moines catholiques Thomas Merton, Henri le Saux, Bede Griffiths, Lassalle SJ, Breton, Bernard Rérolle et j'en passe ?

 



17:47 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (4) |  Facebook |

Démarrage

Allumage du zenblog. L'auteur y livrera des réflexions régulières, pas nécessairement quotidiennes, au fil des jours. Comme le nom du blog l'indique, on y trouvera des allusions discrètes à la tradition du bouddhisme zen à laquelle l'auteur se rattache, sans aucun sectarisme. Un journal entre Paris et Provence... 

16:53 Écrit par Pierre Gaujal | Commentaires (0) |  Facebook |